La Caisse de dépôt se dit prête à renoncer au pétrole

1er octobre 2021
Dominique Lemoine

La production et l’offre de pétrole dans le monde et au Canada ne pourront plus croître grâce à l’argent des déposants de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

La CDPQ a rendu publique cette semaine une stratégie climatique qui prévoit qu’elle « complétera sa sortie de la production de pétrole d’ici la fin de 2022 » et qu’elle « se départira de ses actifs restants dans le secteur du pétrole, qui représentent 1 % de son portefeuille, afin d’éviter de contribuer à la croissance de l’offre de pétrole à l’échelle mondiale ».

« Nous n’investirons plus dans la production de pétrole, ni dans la construction de pipelines de pétrole », promet la Caisse. La coalition Sortons la Caisse du carbone considère cependant que la Caisse doit aussi renoncer au gaz et aux pipelines existants.

« Devant un risque climatique croissant, nous devons investir de manière cohérente, en suivant une approche à long terme. À nos yeux, l’avenir offrira l’occasion de construire une économie sans pétrole, appuyée par l’arrivée de solutions technologiques plus vertes et de réglementations de plus en plus strictes sur les émissions de carbone », affirme Charles Émond, président et chef de la direction de la CDPQ, dans le document stratégique.

La Caisse en première ligne

La coalition espère que d’autres fonds institutionnels suivront la Caisse. « Le signal envoyé aux autres fonds et aux banques canadiennes est clair : si la Caisse a pu le faire, vous pouvez et devez le faire aussi », dit-elle, ajoutant que la Caisse a écouté sur ce point les marchés, la science et les citoyens.

Selon l’organisation non gouvernementale Pollution Probe, cette décision de la CDPQ « envoie un message aux autres larges fonds de pension, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde ». Son chef de la direction a mentionné au Toronto Star qu’il ne s’attendait pas une telle décision avant encore cinq autres années.

« L’annonce de la Caisse est une étape d’un ralentissement graduel du financement de l’industrie pétrolière à l’échelle mondiale. […] Elle fait partie d’une tendance qui va croissant. […] En particulier chez les investisseurs européens », selon un vice-président de DBRS Morningstar, aussi cité par le Toronto Star.

Où en sont les autres?

Le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (RREO ou Teachers’) a rendu publics le 16 septembre dernier des objectifs de carboneutralité qui incluent une augmentation des investissements dans des entreprises qui produisent de l’énergie « propre » et réduisent ainsi la « demande de combustibles fossiles ». Cependant, Teachers’ n’a mentionné ni promis aucun renoncement aux actifs de production pétrolière.

Dans son rapport annuel 2021 ayant été rendu public en mai 2021, Investissements RPC (pour Régime de pensions du Canada) affirme que son groupe Énergie et ressources « effectue des placements diversifiés dans le secteur du pétrole et du gaz », ainsi que dans « le secteur du raffinage et des produits pétrochimiques ».

La dirigeante de l’investissement durable pour le California Public Employees’ Retirement System (CalPers) a déclaré en septembre à The Guardian que vendre les actions détenues par CalPers dans des entreprises de pétrole et de gaz lui ferait « perdre une opportunité d’avoir une influence ».

La société de gestion des placements de l’Université Harvard, Harvard Management Company, n’a pas l’intention d’investir à l’avenir dans des entreprises qui explorent ou qui développent des réserves de combustibles fossiles, a affirmé le président de Harvard dans une lettre datée du 9 septembre 2021. Selon Lawrence Bacow, des investissements antérieurs indirects dans des fonds d’actions privés qui eux détiennent des parts dans l’industrie des combustibles fossiles sont aussi liquidés progressivement.

Lire aussi :

Il faut une société responsable pour avoir un marché responsable ›››

Des banques d’ici, ni cheffes de file ni premières de classe ›››

Forcer le progrès quand il le faut ›››

Partenaires :