L’écoblanchiment, ou le “greenwashing” anglo-saxon

L’écoblanchiment n’est pas qu’imaginaire

15 février 2022
Dominique Lemoine

Des entreprises de grande ampleur sous pression de prendre leurs responsabilités en matière de changements climatiques brandissent plutôt des prétentions qui semblent ambitieuses, mais qui souvent trompent à dessein les consommateurs et les autorités, selon une analyse produite par l’Institut NewClimate en Allemagne.

Selon l’édition 2022 de son rapport d’évaluations de la responsabilité et de la transparence environnementales des entreprises produit avec Carbon Market Watch (CMW), « même les entreprises qui agissent le mieux exagèrent leurs actions ».

Par exemple, des engagements d’entreprises sont « discrédités par des plans contestables de réduction des émissions, par des informations essentielles cachées et par des astuces comptables », ainsi que par des cibles basées sur des années de référence à hautes émissions de toute façon et par des mécanismes prévus pour pouvoir reporter des mesures annoncées.

Les informations exclues qui vident des engagements de leur sens peuvent par exemple être des émissions en aval et en amont de la chaîne de valeur, ainsi que des sources d’émissions, des segments de marché et des lieux d’opérations.

Contrairement à ce que les termes « zéro » et « carboneutralité » laissent entendre à des parties concernées moins avisées, ils ne sont pas des engagements à réduire de 100 % les émissions de la chaîne, mais de 40 % en moyenne.

Des entreprises misent sur des mécanismes de compensation plus ou moins fiables ou transparents, plutôt que sur des réductions réelles d’émissions. De plus, des actions à court terme n’appuient pas toujours les engagements à long terme.

« Nous avons été déçus par l’honnêteté globale des déclarations des entreprises », a affirmé par communiqué Thomas Day, l’un des trois auteurs de cette étude au sujet de 25 entreprises de différents secteurs et de différents horizons.

L’intégrité des engagements de 12 entreprises sur 25 a été notée « très basse », celle de 10 entreprises « basse », celle de 3 entreprises « modérée », celle d’une entreprise « acceptable » et celle d’aucune entreprise « élevée ».

Quoi qu’elles disent, « la majorité des entreprises échouent considérablement le test des engagements de type zéro [émissions de gaz à effet de serre] nettes », et leurs engagements « ne peuvent pas être pris au pied de la lettre ».

« Les publicités mensongères ont un impact réel sur les consommateurs et les décideurs politiques. On fait croire que ces entreprises prennent des mesures suffisantes, alors que c’est loin d’être la réalité », selon Gilles Dufrasne de CMW.

Ce dernier ajoute que « fixer des objectifs vagues ne mènera nulle part sans action réelle et peut être pire que ne rien faire si cela induit le public en erreur ».

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